Interviews

«45% de la population française de plus de 50 ans souffre d’une forme de parodontite.»

Dr. Matthias Rzeznik est spécialisé en Parodonte et Implantologie, assistant hospitalo-universitaire en Parodontie à Paris-Descartes, Membre du comité de rédaction de la revue Titane et Président de l’association ParoClap qui vise à promouvoir la pratique de la Parodontie en omnipratique. Propos recueillis pendant le congrès de l’ADF 2017

«45% de la population française de plus de 50 ans souffre d’une forme de parodontite.»

 

Au sein de l’ADF, nous avons eu du mal à trouver un dentiste prêt à parler avec enthousiasme des brossettes interdentaires. Pourquoi donc ?

Les dentistes français n’ont pas la culture de la prophylaxie, et encore moins l’usage des brossettes interdentaires. Lorsque je demande à mes collègues ce qu’ils savent par exemple du brossage interdentaire, la plupart me répondent qu’il n’est pas possible de faire passer une brossette à travers l’espace inter-proximal. Dans certains cas, effectivement elle ne pourra pas passer notamment si vous avez par exemple du tartre interdentaire. Toutefois, l’angulation des brossettes modernes leur permet de se glisser n’importe où ou presque (95% des espaces). Malgré cela, les patients et de nombreux chirurgiens-dentistes disent que les brossettes ne passent pas et préfèrent utiliser du fil dentaire. Mais, le fil dentaire n’est pas véritablement efficace pour éliminer la plaque dentaire, même en le passant « comme une serviette dans le dos » il ne nettoie pas les concavités des dents. Au même titre que le jet dentaire, il est conçu pour éliminer les débris alimentaires. Je conseille toujours de faire le test de passer le fil dentaire puis une brossette, et de voir tout ce qui a été oublié entre les dents visible piégé dans les poils de la brossette.

 

Les maladies parodontales sont-elles un problème en France ?

45% de la population française de plus de 50 ans souffre d’une forme de parodontite. Ainsi, la France est confrontée au même problème de parodontite que les Etats-Unis. Une des solutions pour réduire cette proportion est la prévention. Et environ 95% de la population française souffre de gencives qui saignent. Malheureusement, la société considère cela comme une situation normale. Si les praticiens disent au patient que les brossettes interdentaires permettent d’arrêter les saignements des gencives, ces derniers ne les croiront pas, et leur préfèrent des solutions de bains de bouche avec ou sans eau oxygénée. Avec les brossettes, il est important de prévenir que les gencives continueront à saigner pendant environ trois jours, puis les saignements s’arrêteront naturellement car les brossettes éliminent efficacement la plaque dentaire (facteur étiologique principal des maladies parodontales).

 

Quelle est la situation dans les universités françaises ?

Je suis assistant hospitalo-universitaire à Paris, et j’enseigne également différentes formes de dentisterie préventive notamment par le brossage interdentaire. Toutefois, il n’y avait pas jusque très récemment de cours spécifique sur la prophylaxie. C’est une avancée formidable mais qui reste encore très controversée entre les différents enseignants, qui, ne pratiquant pas sur eux mêmes ces techniques de brossage ne peuvent en être convaincus pour leurs patients. En outre, le manque de prévention fait peut-être partie de la philosophie française. Depuis Louis XIV, Les Français préfèrent se parfumer que se laver et donc utiliser plutôt une solution de bouche que de frotter…

Il y a quelques mois, nous avons reçu un confrère professeur pour nous parler de dentisterie restauratrice à minima. Il a fait une présentation très intéressante des nouveaux matériaux et de leurs intérêts dans les restaurations mini invasives pour permettre une meilleure préservation tissulaire. Toutefois, à la fin de sa conférence, j’ai demandé ce qui était fait pour éviter l’apparition de nouvelles caries interdentaires étant donné que toutes les restaurations qui avaient été reprises étaient des amalgames mésio-occluso-distaux. Il a répondu que rien n’est fait en plus de ce que le patient fait déjà, c’est-à-dire le fil dentaire et qu’éventuellement la fluoration pouvait être envisagée. Cela signifie que la prévention n’est pas du tout intégrée au plan de traitement. Il a ensuite dit que les brossettes interdentaires ne devraient être utilisées qu’en cas de maladies parodontales mais pas en cas de caries parce que les brossettes peuvent abîmer les gencives saines et créer des pertes des papilles. Devons-nous attendre qu’une maladie parodontale s’installe ou que le patient présente plus de caries pour agir ? Les brossettes interdentaires sont pour tout le monde mais pas n’importe quelle brossette. Certaines effectivement ont un fil très rigide et peu de poils mais arrêtons-nous d’utiliser la brosse à dent car il en existe des dures qui abiment le parodonte ?

 

Quelle est la situation dans les universités françaises ?

Je suis assistant hospitalo-universitaire à Paris, et j’enseigne également différentes formes de dentisterie préventive notamment par le brossage interdentaire. Toutefois, il n’y avait pas jusque très récemment de cours spécifique sur la prophylaxie. C’est une avancée formidable mais qui reste encore très controversée entre les différents enseignants, qui, ne pratiquant pas sur eux mêmes ces techniques de brossage ne peuvent en être convaincus pour leurs patients. En outre, le manque de prévention fait peut-être partie de la philosophie française. Depuis Louis XIV, Les Français préfèrent se parfumer que se laver et donc utiliser plutôt une solution de bouche que de frotter…

Il y a quelques mois, nous avons reçu un confrère professeur pour nous parler de dentisterie restauratrice à minima. Il a fait une présentation très intéressante des nouveaux matériaux et de leurs intérêts dans les restaurations mini invasives pour permettre une meilleure préservation tissulaire. Toutefois, à la fin de sa conférence, j’ai demandé ce qui était fait pour éviter l’apparition de nouvelles caries interdentaires étant donné que toutes les restaurations qui avaient été reprises étaient des amalgames mésio-occluso-distaux. Il a répondu que rien n’est fait en plus de ce que le patient fait déjà, c’est-à-dire le fil dentaire et qu’éventuellement la fluoration pouvait être envisagée. Cela signifie que la prévention n’est pas du tout intégrée au plan de traitement. Il a ensuite dit que les brossettes interdentaires ne devraient être utilisées qu’en cas de maladies parodontales mais pas en cas de caries parce que les brossettes peuvent abîmer les gencives saines et créer des pertes des papilles. Devons-nous attendre qu’une maladie parodontale s’installe ou que le patient présente plus de caries pour agir ? Les brossettes interdentaires sont pour tout le monde mais pas n’importe quelle brossette. Certaines effectivement ont un fil très rigide et peu de poils mais arrêtons-nous d’utiliser la brosse à dent car il en existe des dures qui abiment le parodonte ?

 

Nous avons noté une augmentation de l’utilisation de cure-dents souples en France. Cela indique-t-il un changement des habitudes de nettoyage interdentaire ?

Les brossettes interdentaires sont différentes des cure-dents souples. Ces derniers (soft pick) permettent d’éliminer les restes de nourriture entre les dents. Mais ils n’éliminent toujours pas les bactéries responsables des maladies parodontales ou des caries. Seules les brossettes interdentaires en sont capables. Et même si vous utilisez des brossettes interdentaires, il faut encore choisir la bonne taille pour qu’elles soient efficaces sans être traumatiques. Je reprendrais la règle « des 3F » de mon collègue et ami le Dr Fréderic Duffau : « Frotter, sans Forcer, sans Flotter ».

 

Est-ce difficile de convaincre vos patients d’utiliser les brossettes interdentaires ?

Disons que c’est délicat. Il faut du temps pour convaincre un patient d’utiliser des brossettes interdentaires à cause des saignements lors des premières utilisations, du fait de l’inflammation ou d’une maladie parodontale. Il existe une courbe d’apprentissage de leur utilisation. En général, je dis aux patients : « On peut faire quelque chose pour éviter que la maladie un jour ne s’installe, mais pas sans vous. » Le changement demande aussi de modifier sa philosophie. Et c’est difficile au départ. Et lorsque l’on obtient ce changement, nous devons nous assurer qu’ils le feront toute leur vie. Toutefois, lorsque le patient commence à les utiliser, il ressent les bienfaits dans sa bouche, et se demande comment il a pu garder « tout cela » (plaque dentaire) entre ses dents avant.

Le problème le plus important avec les patients « porteurs sains » est qu’ils n’ont pas l’impression d’avoir des problèmes. Lorsqu’ils sont jeunes, ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient en faire plus en termes de prévention alors que « tout va bien ». Ils ne pensent pas encore à l’avenir, lorsque leur corps sera plus vieux et que les défenses de leurs gencives seront moins fortes. La prévention primaire doit commencer très tôt, avant l’apparition des problèmes...

 

Quels sont les facteurs nécessaires pour changer la philosophie en France ?

Il faut de la volonté et des financements pour changer. Ce pays ne met pas d’argent dans la prévention. Nous ne recevons pas d’aide de la part du gouvernement, sauf pour les enfants. Si vous faites de la prévention, le chirurgien-dentiste et le patient ne reçoivent rien en retour. Les couronnes et restaurations délabrantes ont une prise en charge, mais pas les traitements mini invasifs et conservateurs. Le système est vieux et a besoin de changer. La prévention doit être intégrée dans un protocole, sinon aucun confrère ne l’appliquera. Et nous avons besoin de personnes qui savent ce qui est important pour la prévention. Aucun chewing-gum ni bain de bouche ne pourra jamais réduire le risque de caries ni de maladie parodontale.

Pourquoi encouragez-vous également la faisabilité et la communication dans vos séminaires ?

Ah ! Je me suis récemment rendu à une conférence à Montréal. La plupart des auditeurs étaient des hygiénistes dentaires, donc on m’avait demandé de ne pas parler du brossage interdentaire parce que tous connaissaient déjà cela parfaitement. Mais je commence toujours par le brossage interdentaire avant de parler des détartreurs ultrasoniques, donc je n’ai pas voulu dévier de ma présentation habituelle parce que c’est un tout. À la fin, les auditeurs ont dit qu’ils avaient appris comment communiquer la prévention au patient et pas seulement comment le faire. Toutes les brossettes interdentaires ne se valent pas, il faut apprendre comment les utiliser correctement et prévenir les angoisses et les peurs des patients. La pratique est aussi importante que la connaissance.

 

Pourquoi dites-vous que la première étape en matière de prophylaxie est toujours le diagnostic ?

Heureusement, les chirurgiens-dentistes souhaitent vraiment éviter les problèmes parodontaux à leurs patients, mais ils ne diagnostiquent pas suffisamment tôt les prémices des maladies. Lorsque je fais une conférence, je montre en général une photo de gencives très légèrement rougeâtres en inter-dentaire uniquement, pas de radio ni autre chose. L’assistance me parle de la couleur des dents pas assez blanches, de la dent noircie sur 46… mais presque jamais de la couleur des papilles, des « trous noirs » entre les dents, tous ces signes cliniques évocateurs des maladies parodontales. Un diagnostic court est tout ce qu’il faut. La prévention signifie également voir les problèmes simplement à l’aide de nos yeux. Voir et prévenir.

Cette prévention passe aussi par l’éducation des patients pour qu’ils soient capables eux aussi de ressentir leur santé et les changements dans leur bouche. Au même titre que la glycémie du patient diabétique, le patient doit apprendre à connaitre ses gencives.

Dans le passé, la chirurgie parodontale était prédominante par rapport aux traitements non chirurgicaux, et de nombreux confrères voient encore les choses de cette façon. Heureusement, cela change. D’autres maladies chroniques telles que le diabète et les maladies cardiovasculaires ne nécessitent pas non plus systématiquement des opérations. Il devrait en être de même des maladies parodontales.

Les brossettes interdentaires devraient être nos meilleurs amis de demain si nous souhaitons avoir des gencives saines et réduire le risque de caries interdentaires ! La fluoration répare les dommages causés par les bactéries, les brossettes interdentaires les préviennent.

C’EST ÇA LA PRÉVENTION PRIMAIRE !


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